TEMOIGNAGE DE JONATHAN

JONATHAN (91) : PERMIS SIDE-CAR


La rédaction : Jonathan, peux-tu te présenter, nous parler de ton handicap et nous dire comment tu as connu HMS ?

Jonathan : Je n’aime pas trop parler de moi et encore moins de mon handicap mais si ça peut motiver les potes, alors j’y vais.

En gros mon handicap, c’est une infirmité motrice cérébrale qui diminue fortement la force des muscles de la jambe gauche. En gros parce qu'il manque des neurones, déjà qu' il y en avait pas beaucoup J!... Non enfin sans déconner, c’est dû à un problème de connexion entre le cerveau et la jambe.

Pour l’assos, je l’ai connue via YouTube et Internet. J’ai ensuite contacté Marc qui m’a tout expliqué et tout est parti de là !... J’ai vu les projets de l’assos et ce qu’ils pouvaient m’apporter, mais aussi ceux pour les autre personnes en situation de handicap. J’ai trouvé ça très cool, alors je me suis lancé.

La rédaction : Tu es donc devenu adhérent, as entrepris le parcours médical et administratif et tu t’es inscrit à l’auto-école C.E.R. Bobillot. Le side de HMS t’y a été livré, pour que tu puisses passer ton permis. Ton formateur s’appelle Guillaume. Comment a-t-il de son côté, vécu cette expérience ? Guillaume, peux-tu nous éclairer ?

Guillaume : Comme tu le sais, au C.E.R. BOBILLOT, nous formons tout le monde, les valides, les demi valides et les invalides J!... Etant informé que nous devions former une personne sur un Side, j'ai décidé de m'en charger personnellement. J’aime les challenges, car il y avait un léger souci, je n'en n'avais jamais conduit ! Mon expérience avant d'embarquer Jo pour aller au plateau, se résumait à un tour du pâté de maisons et de quelques conseils et anecdotes distillés par Marc et mon responsable Philippe. Téméraire mais minutieux, je profitais du trajet agence-plateau pour parfaire mon ressenti ; réactions du Side lors des accélérations et coupure de gaz, ainsi que sur la position du corps à adopter selon les virages. Tout cela afin de conseiller Jo au mieux.

Arrivé au plateau, j'ai essayé de pousser le Side à vide dans ses limites, voire même un peu plus loin, ceci afin de cerner au mieux ses réactions et de déterminer la marge qu'il y a entre une frayeur et un crash. Et oui, c'était la formation des premières fois : premier permis Side pour moi, premier permis pour le Side et je n'avais pas envie de le rendre abîmé (bon ce fut un demi échec sur ce dernier point !). Il était clair que le premier vrai objectif de cette séance était de ne surtout pas faire de conneries, on avance à tâtons pour une immersion en douceur !

Peur et insouciance oblige, je passe ma première séance avec Jo, assis à côté de lui dans le panier. Notre objectif sera de démarrer et de s'arrêter sans caler, ainsi que de savoir tourner en bout de piste de manière sécuritaire. S'arrêter et tourner au final ça allait, mais démarrer sans caler, c'était une autre histoire en ce début de formation ! On avance donc progressivement au fur et à mesure des leçons dans l'évolution des objectifs, démarrer et s'arrêter, puis passage de la 2nde pour finir par 123-321 et arrêt. Les bases de la mécanique sont répétées inlassablement, je veux que l'embrayage et la gestion de la gâchette des vitesses soient parfaitement rodés. Une fois cela acquis, il faut savoir tourner en Side, et là... démonstration de pourquoi on ne prend pas ses virages à droite trop vite, le panier se lève ! C'est trop cool !!! J'avoue que je me suis amusé pour continuer à cerner les limites du side.

Ce qui m’amuse, sonne pour Jo comme un avertissement, mais cela m'a rassuré car pour retourner un Side, il faut vraiment y aller très fort. Je n'ai qu'à contrôler sa prise d'allure pour éviter la catastrophe.

Vient l'heure du premier retour en tant que conducteur pour Jo, avec moi en passager. Funky !!! avec une intervention frein avant à l'entrée d'un tournant car l'allure était trop rapide. Hormis cela et une variation d'allure insuffisante due à une gestion de la boîte compliquée en circulation, cette première s'est déroulée sans accro sous le regard amusé et curieux des passants et des autres usagers de la route. Il semble que la stratégie adoptée au plateau porte ses fruits.

Peut-être un seul point à améliorer pour les prochaines séances, inclure un module de gestion du gabarit.

C’est l’heure de l'examen du plateau et là, c'est le grand spectacle ! Aussi bien les candidats, que les inspecteurs sont fascinés par le Side, à tel point que sur l'exercice du freinage d'urgence, le Side et une moto évoluant sur la piste à côté, ont failli se télescoper. Personne n'avait anticipé que le Side plus large qu'une moto, allait empiéter sur la piste d'à côté. Il n'y a pas eu de danger immédiat, mais cela a fait vite réfléchir tout le monde sur la gestion d’un examen de Side-car.

Plateau en poche, on passe aux leçons de circulation. Autre paire de manches, autres frayeurs !... Jo avait un souci de trajectoire, toujours dû à son manque de régularité sur le rythme, qui entraînait un louvoiement de gauche à droite du side-car sur sa voie et il lui fallait aussi apprendre à tenir compte du gabarit de son véhicule. Lors de la première séance, cela s'est bien passé. Mais lors de la seconde, après s'être arrêté derrière moi, il me percute avec le panier en repartant. Quelques rayures sur le Side, mais pas de gros dégâts. Mais cela l'a marqué, car ensuite il n'a plus fait d'erreur.

Le reste de la formation a été de lui faire bosser les objectifs classiques de la conduite moto, mais en rajoutant systématiquement une gestion de ce louvoiement à la coupure des gaz. Puis, c'est là que l’objectif de fond est apparu : la fatigue. Conduire un Side est très physique et demande, surtout au début, une dépense d'énergie importante (NDLR : Je confirme !...). La gestion des temps de pauses était donc primordiale et sur nos séances privées, j'ai donc réduit le temps de leçon de 3 à 2h pour éviter de la fatigue inutile. C'est ainsi que j'ai pu amener Jo au graal.

Il me semble important de te parler de la formation dans son ensemble, car ce que j’enseigne, je le base sur l'élève, ses réactions, ses qualités et ses défauts afin d'être le plus juste et précis dans mes leçons.

La rédaction : Et bien, Jonathan, quelle aventure !... Mais d’où te vient cette envie de piloter une moto ?

Jonathan : Alors pour tout vous expliquer, le side et l’aventure permis pour moi c’est un rêve de petit garçon. Je ne pouvais pas le réaliser jusqu’à ce que Marc et Guillaume arrivent. Ils m’ont permis d’apprendre non seulement à piloter, mais ils m’ont aussi beaucoup appris sur les personnes et le handicap, parce que le side et le pilotage, c’est avant tout l’amitié entre motards handicapés ou non. Le side de l’assos nous a tous rapprochés et nous avons créé des liens avec tous les autres motards que nous avons pu croiser tout au long de ma formation. J’ai adoré cette aventure et j’incite tous les copains qui veulent passer leur permis à le faire. Je suis à fond derrière vous !

La rédaction : la suite, c’est quoi Jonathan ?

Jonathan : Avant de conclure, je souhaite dire merci à Marc et à tous les membres de l’assos HMS, ainsi qu'à ceux du C.E.R. Bobillot, sans vous tous, je n’aurais pas pu vivre cette aventure et obtenir mon permis.

Depuis, je me suis porté acquéreur d’un Side-Car URAL, que Sylvian, membre HMS, mettait en vente. J’ai une pensée pour lui qui est aujourd’hui hospitalisé et lui souhaite un prompt rétablissement.

La rédaction : Merci Guillaume, pour ton retour d’expérience et merci à toi Jonathan pour ta participation à notre bulletin. A bientôt sur la route !