TEMOIGNAGE DE FRANCK

FRANCK (77) : PERMIS POTO SOLO

Lorsque j'étais encore à l'école, mon père m'a donné le choix pour une récompense, entre un appareil photo qui m'aidera pour mes études où une mobylette. Peut-être trop raisonnable à l'époque, j'ai choisi l'appareil, un Nikon tout de même ! Il est vrai aussi qu'il voyait d'un mauvais œil le deux-roues pour un jeune !...

Les années sont passées et un jour un ami de VTT, qui est moniteur d'auto et moto-école, me propose de faire un essai sur son plateau. Le rendez-vous est pris et le soir même avec ses élève en selle et la moto sur la remorque, nous voilà partis pour le plateau. Après avoir reçu conseils et recommandations de mon moniteur, je me suis exercé sur le reste de la piste pendant tout le temps où les jeunes manœuvraient pour leur examen.

A la fin du cours, constatant mon aisance à circuler, il me propose de ramener la moto jusqu’à l'auto-école, m’expliquant qu'il est assuré pour cela. Je rentre donc à l'école avec seulement le frein arrière comme dispositif de freinage, surtout, pas de folie !... (NDLR : Franck, suite à un accident de voiture et de graves brûlures a perdu pratiquement tous ses doigts de la main gauche, et ceux de la main droite sont amputés à la hauteur de la première phalange).

A ce moment coucher de soleil, impression magnifique de liberté. Vous voyez l'image de Lucky Luke à la fin des B.D (I'm a poor lonesome cowboy and a long way from home ) FIN… Et bien c'était moi.

Quelques années plus tard, avec ce même groupe de vététistes, nous décidons de faire le tour de la Corse en moto.

Une amie se charge du parcours, des gîtes et des hôtels, un autre de la logistique comme par exemple, la location des motos à la sortie de l'avion. Et nous voilà au départ d'Ajaccio ; Une 125 pour les solos et un 600 XT pour les duos. Si vous avez bien suivi, je suis passager sur la moto duo (un an après mon accident de voiture, mon permis B m’a été restitué mais sans l’autorisation à la conduite d'une 125).

Nous partons, il fait beau, c'est génial, une heure de route et au détour d'un virage, la copine médecin qui a toujours des idées qui sortent de l'ordinaire, propose que l'on prenne un chemin de terre pour descendre à la plage.

On commence la descente ravinée avec des ornières. Je propose à mon pilote de descendre, il me dit que c'est bon, ça devrait le faire !... Virage suivant, grosses ornières, le pilote de devant freine, mon pilote aussi, mais pas assez d'écart et avec une moto de location à la fourche avant un peu molle, ça plonge et au retour, au-dessus de l'ornière, perte d'équilibre et chute. Je me jette dans la garrigue pour soulager le poids de la moto couchée, mais c’est trop tard, mon pilote hurle de souffrance, la malléole coincée sous la moto est cassée.

Un ami le remonte jusqu’à la route dans ses bras. Puis, pompiers, plâtre, location d'une voiture pour le blessé, et retour de la moto chez le loueur.

Mais, nous avons dû mal calculer ; il nous reste une 125 de trop ! Je décide de la prendre sachant pertinemment que mon permis B n'est pas valide puisque l'on m'a retiré la moto légère. Nous nous apprêtons à repartir lorsque les gendarmes arrivent. Je suis sur la moto avec le moteur qui tourne, quelque peu embarrassé, mais je suis les conseilles d’un collègue qui me fait signe de ne rien laisser transparaître. Après quelques explications à propos de l'accident, un gendarme vient vers moi, me dit que c'est bien le tour de Corse et me souhaite bonne route, sans prêter plus que ça attention à mon handicap. Ouf !...
Dès mon retour, je me suis rué chez le concessionnaire le plus proche. La petite 125XT de chez Yamaha me plaisait bien. Prise de rendez-vous avec la Préfecture pour régularisation et aménagements à venir. Le médecin qui m'a reçu était fort désagréable et prétentieux. Il m'a accordé du bout des lèvres l’autorisation de piloter une 125, mais pour ce qui était le gros cube, alors là, c'était même pas la peine d'y penser.

Un vrai mufle celui-là !...

Il m'a ensuite envoyé à Coubert (centre de réadaptation fonctionnelle) pour que des spécialistes statuent sur la faisabilité de mon projet et déterminent les aménagements nécessaires à faire sur la moto.

...et retour à la Préfecture pour validation.

J'ai roulé quelques mois avec ma 125XT, mais je ne me sentais pas en sécurité ; elle ne dépassait pas les 90 km/h et je me suis fait « poussé » deux fois par des semi-remorques (je ne roulais pas assez vite pour eux !) Danger !...

Je l’ai donc vendu pour acquérir une Varradero qui ressemblait plus à une moto de par sa taille et son poids. Je l’ai gardée cinq ans.

Un jour, mon beau-frère m'invite en VIP à Magny-Cours pour une course où Xerox était sponsor de Ducati. Je découvre pour la première fois une course sur piste. Superbike si mes souvenirs sont bons.

Je craque pour la sonorité des moteurs Ducati. Ce jour là, c'est un pilote Japonais qui gagne et justement sur une Ducati.

Je me lasse de la 125. Il faut vraiment que je passe mon permis.

C'est là que H.M.S. entre en scène. Je rencontre Marc à un salon où je suis venu en moto. C’est la première fois où je roule en inter-files sur l'autoroute A4 ; pas rassuré du tout.

Explication de la démarche et me voilà de retour à la Préfecture. Là, j'ai plus de chance que la dernière fois. Le médecin est sympathique et s’intéresse à ma démarche. Il m’accorde la validation pour le gros cube et me dit que son collègue pas très cool, aurait pu être attaqué pour discrimination.

Je prends rendez-vous avec Marc pour retirer la machine qui va m'être louée pour la durée de mon permis (une 600 CB pratiquement neuve). Je suis venu avec une remorque et à mon retour à la maison, c'est mon ami Christian, le moniteur de moto-école qui va la descendre, car je ne me sens pas capable de le faire.

Puis le code, reçu du premier coup. Pour aller au plateau à Meaux, je prends la remorque. Très rapidement je découvre que le parcours lent m’est très difficile, alors que le rapide ne me pose aucun problème.

Christian se met à douter de la faisabilité de l'exercice. Nous décidons de rendre la moto plus maniable en abaissant son centre de gravité en jouant sur les tubes de fourche.

Ceci sera fait à deux reprises, mais ça ne suffit pas, je n'arrive pas à passer dans les obstacles hauts.

Décision est prise d'enlever toutes les protections qui ajoutent du poids et rendent les manœuvres difficiles, bien sûr, si je casse quelque chose et bien tant pis pour moi !...

Dépouillée ainsi, la moto devient plus maniable, mais cela me reste difficile de jouer avec l'embrayage, le frein et l'accélération. Je me coltine beaucoup plus d'heures de plateau qu’une personne lambda, mais ça commence à rentrer.

Je suis enfin prêt et capable d’effectuer le parcours lent, plusieurs fois sans faute.

La date du permis est fixée, on se réserve deux heures avant pour peaufiner tout ça, et départ pour le circuit Carole que je ne connais pas. Tout se passe bien, mais avec quand même, quelques belles poussées de stress.

Nouvelle date pour la circulation. Là, l'inspecteur, en fait une inspectrice sympathique n'a jamais de sa vie fait passer un permis handicapé.

Elle est préoccupée avec l'aménagement qu’elle finira, après avoir consulté ses dossiers, par simplifier en seulement « frein avant à gauche ».

Circulation en ville sans problème, et me voilà avec le permis en poche. OUHAAAA !...

J'ai donc acheté une Ducati monster 696 et maintenant je roule en Monster 1200s. La Monster est plus confortable pour moi, l'autre était trop physique et fatigante (NDLR : Maintenant c’est Franck qui « pousse » les camions !).

L'été dernier je suis descendu dans le Sud par la montagne. Que du bonheur ! De la fatigue, mais il ne faut pas oublier que je suis un jeune motard de 57 ans avec encore beaucoup de choses à apprendre.